L’Absolutisme du Pouvoir Sultanesque d’Anjouan (Comores) : Fondements, Structures, Manifestations et Crises d’un Modèle Monarchique (XVIIe - XIXe Siècles)
DOI:
https://doi.org/10.5281/zenodo.23857224Keywords:
Anjouan, Ndzwani, Comores précoloniales, sultanat, absolutisme, centralisation du pouvoir, mythe shirazi, islam chaféite, légitimité sacrée, aristocratie.Abstract
Cet article analyse la construction, le fonctionnement et la crise du sultanat d’Anjouan (Nzwani), dans l’archipel précolonial des Comores, du XVIIe au début du XXe siècle. Il montre qu’Anjouan se distingue de la Grande Comore, marquée par la fragmentation politique et les rivalités entre « sultans batailleurs », par la mise en place précoce d’un pouvoir monarchique relativement centralisé et d’un territoire politiquement unifié. L’article nuance toutefois l’image d’un absolutisme sans limites véhiculée par les observateurs européens. Le pouvoir sultanien repose sur plusieurs légitimités complémentaires : la sacralité religieuse et généalogique liée à l’islamisation et au mythe shirazi ; le contrôle des échanges maritimes dans l’océan Indien ; l’articulation entre droit musulman chaféite et coutumes locales ; enfin, l’appui et la négociation avec les grandes familles aristocratiques. L’étude décrit ensuite les appareils de l’État centralisé : la citadelle de Mutsamudu comme mise en scène du pouvoir, le Conseil aristocratique, le vizir, la justice sultanienne et ses formes d’arbitraire. Elle analyse l’économie politique de l’absolutisme : monopole de l’escale, taxes, prélèvements, économie de plantation et traite servile. Les récits de voyageurs européens, notamment Sir William Jones et des navigateurs français, sont relus avec prudence, car leur vocabulaire du « despotisme » reflète des préjugés de l’époque.
L’article explique la crise du sultanat au XIXe siècle : invasions malgaches, affaiblissement de la protection sacrée du souverain, conflits de succession, alliances étrangères, protectorat français de 1886, abolition de l’esclavage en 1889-1891, puis annexion de l’île en 1912. Le sultanat d’Anjouan apparaît ainsi comme une construction politique originale, issue de traditions islamiques, africaines et océan Indien, dont les fragilités internes et les pressions externes ont progressivement ruiné les fondements.



















